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3 - Les grandes vallées du Pays-Haut
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Une urbanisation dense installée dans d’étroites vallées industrielles

• Communes concernées par cette unité de paysage

    AUBOUE BREHAIN-LA-VILLE BRIEY CHENIERES COSNES-ET-ROMAIN CUTRY GORCY HATRIZE HAUCOURT-MOULAINE HERSERANGE HOMECOURT HUSSIGNY-GODBRANGE JOEUF LANTEFONTAINE LEXY LONGLAVILLE LONGWY MANCE MEXY MOINEVILLE MONT-SAINT-MARTIN MOUTIERS REHON SAULNES THIL TIERCELET VALLEROY VILLE-HOUDLEMONT VILLERS-LA-MONTAGNE VILLERUPT

• Inter-communalités concernées par cette unité de paysage

    CC DE L’AGGLOMERATION DE LONGWY
    CC DES DEUX RIVIERES
    CC DU PAYS AUDUNOIS
    CC DU PAYS-HAUT VAL D’ALZETTE
    CC DU PAYS DE BRIEY
    CC DU PAYS DE L’ORNE

 Situation

Le Pays-Haut est entaillé par de nombreuses vallées encaissées qui composent des paysages très différents des vastes étendues agricoles homogènes du plateau. Leur destinée a été contrastée : certaines sont restées rurales (la Crusnes, la Piennes, la Chiers à l’aval de Longwy), d’autres ont été colonisées par l’industrie sidérurgique et l’urbanisation (la Chiers avec l’agglomération de Longwy, l’Orne et le Woigot avec l’agglomération de Briey). Bien que s’articulant autour des vallées, qui abritaient l’essentiel des activités industrielles, l’urbanisation s’est également étendue sur les rebords des plateaux, ce débordement rendant les limites de l’unité de paysage plus floues, notamment autour de Longwy : les villes et les villages s’étendent et grignotent peu à peu les espaces agricoles du plateau (voir l’unité de paysage 1 : le Pays-Haut).

Deux secteurs de vallées non contigus sur le territoire départemental sont soumis à des influences urbaines et économiques extérieures, et conduisent à distinguer deux sous-unités de paysage :

  • d’une part l’agglomération de Briey directement connectée à la vallée de la Moselle et à l’agglomération de Metz-Thionville,
  • d’autre part l’agglomération de Longwy qui rejoint progressivement l’agglomération transfrontalière Aubange-Pétange-Differdange (Belgique et Luxembourg).

« ... A l’aise dans la contemplation des plaines immenses fuyant sous le vent, estimant les cultures, les fermes et les troupeaux jusqu’à Longuyon, ils admirèrent, [...] le beau château de Cons-la-Granville ...Mais en arrivant sur Rehon, ils demeurèrent pétrifiés. Où étaient les tendres prairies qui descendaient autrefois des collines couvertes de forêts pour s’unir dans les saules bordant les ruisseaux et la Chiers ? Comme la lave de volcans en pleine activité, les hauts fourneaux et leurs installations enchevêtrées se coulaient dans les vallées, fossilisaient les prés qu’ils couvraient de rouille dans les ocres vapeurs et le souffle puissant de leurs haleines douceâtres ...Le pays restait beau. Inexplicablement. Souverainement. Au détour d’un bois, d’un vallon, d’une côte, il retrouvait toute sa rurale grandeur. Ce que les vallées roussies avaient perdu de verdoyante fraîcheur le jour, elles le retrouvaient en splendeur la nuit, où elles devenaient immense vaisseau stellaire posé dans la conque des collines ... »
Anne-Marie Blanc, Pays-Haut (1988)

Les vallées urbanisées du Pays-Haut et l’épopée industrielle

Aujourd’hui en pleine reconversion, les paysages des vallées du Pays-Haut sont fortement marqués par l’histoire industrielle de la fin du XIXe et du XXe siècles. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les vallées du Pays-Haut présentent des paysages encore ruraux. Elles concentrent l’essentiel de l’occupation humaine : les villages et les bourgs s’installent au pied des coteaux, une activité artisanale se développe dès l’Antiquité avec l’exploitation du fer et l’apparition des premiers hauts-fourneaux à la Renaissance (Herserange, Moulaine). Parallèlement, la poterie et surtout la faïence connaissent un âge d’or aux XVIIIe et XXe siècle (faïencerie de Longwy, Villeroy-et-Boch à Audun-le-Tiche). L’invention de Thomas Gilchrist, qui permet l’exploitation de la minette lorraine, bouleverse les vallées du Pays-Haut. Pendant près d’un siècle, l’épopée sidérurgique transforme considérablement les paysages : les hauts-fourneaux et les usines couvrent les fonds des vallées ; les crassiers et puits de mines se dressent sur les coteaux ; les cités ouvrières grossissent les villages ruraux d’origine. Un siècle plus tard, l’activité sidérurgique s’arrête presque aussi subitement qu’elle a démarré, laissant à la fin du XXe siècle de vastes friches industrielles à reconvertir, des quartiers entiers de villes à restaurer, un tissus urbain à réorganiser.

 Caractéristiques paysagères illustrées

Des vallées encaissées contrastant avec les paysages agricoles ouverts du plateau

Des paysages fortement marqués par l’industrialisation et l’urbanisation

Des territoires urbains liés au couloir mosellan et à l’agglomération transfrontalière

Des sites urbains contraints et spectaculaires débordant sur les rebords des plateaux

Des coteaux boisés formant un écrin précieux à une urbanisation foisonnante

Un héritage marquant des cités ouvrières et de l’industrialisation

De vastes friches industrielles et une reconversion visible dans le paysage   : une mutation spectaculaire

Des paysages marqués par l’histoire et les guerres : les blockhaus, les cimetières militaires, l’architecture des reconstructions, …

 Fonctionnalités écologiques et patrimonialité

Dans un contexte très urbanisé, les coteaux boisés, les rivières, les friches industrielles et autres abords d’infrastructure organisent la fonctionnalité écologique du territoire.

Un peu plus à l’écart, les vallons du Coulmy et de la Moulaine, principalement composés d’espaces forestiers mais également de milieux ouverts, sont des réservoirs de biodiversité   et de vastes corridors écologiques. Ils accueillent une faune et une flore spécifiques, notamment dans les vallons froids. Le ruisseau de la Moulaine est bordé de forêt alluviale composée de frênaie ainsi que de forêt de pente. Aux abords du cours d’eau, la Pétasite officinale peuple les terrains humides, rarement observée à si basse altitude, ainsi que la salamandre tachetée et d’autres amphibiens.

Les friches industrielles, abandonnées depuis longtemps, accueillent une faune et une flore diversifiée grâce à l’absence de gestion et l’interdiction de pénétrer pour le public. Par exemple, l’arrêt depuis 1984 de l’usine sidérurgique de Micheville (entre Rédange, Russange, Audun-le-Tiche, Villerupt et Thil) permet l’accueil sur 350 hectares du Pélodyte ponctué, du Crapaud calamyte, de l’Alyte accoucheur, trois espèces d’amphibiens à forte valeur patrimoniale, de nombreuses espèces typiques des pelouses, telles que les orchidées ainsi qu’une diversité ornithologique, favorisée par l’alternance de buissons et de milieux ouverts. Ce site est une zone relais très importante puisqu’elle fait le lien entre deux zones Natura 2000 situées au Luxembourg.

La sous-unité paysagère de Briey est traversée par les rivières de l’Orne et du Woigot, affluents de la Moselle. L’Orne prend sa source dans les côtes de Meuse et maintient une orientation allant du sud-ouest vers le nord-est. L’industrie sidérurgique et l’urbanisation se sont développées aux abords de ces rivières altérant les continuités alluviales et les interrelations entre les différents massifs forestiers. Ces forêts sont cependant des réservoirs de biodiversité   importants, notamment dans un contexte anthropisé, mais elles sont parfois entaillées par des routes secondaires.

 Analyse critique, identification de points forts et de points faibles

Atouts :

Les coteaux boisés : cadre naturel de l’urbanisation dans les vallées et réservoir de biodiversité  

Les fonds de vallées et les bords de l’eau : des espaces naturels précieux et fragiles de prairies et de zones humides (corridor écologique   important pour les espèces), des paysages de nature structurant l’urbanisation et constituant des espaces de respiration entre les zones urbanisées

Les circulations douces et les équipements publics en fond de vallée : une trame précieuse permettant de structurer l’urbanisation dense et confuse

Les sites bâtis perchés (Longwy-Haut, Briey) ou à flanc de coteau (Valleroy, …) : un patrimoine architectural et urbain de qualité

Les cités ouvrières et l’héritage industriel : un patrimoine architectural, urbain et industriel

Fragilités :

La fragilisation des fonds de vallée par l’urbanisation, l’installation d’activités ou la consommation ponctuelle et non maîtrisée des espaces laissés par les friches industrielles

La reconquête de friches industrielles, sans projet d’ensemble

La fermeture des coteaux qui composent le cadre naturel de l’urbanisation des vallées, entraînant la disparition d’habitats pour les espèces des milieux ouverts : besoin de gestion forestière, de réouverture de milieux naturels (pelouses calcaires) ou agricoles (terrasses, vergers, …)

L’urbanisation linéaire le long des routes (habitat et zones d’activités) : étalement de l’urbanisation, dégradation des paysages des entrées de ville, fragilisation des coupures d’urbanisation, fermeture des vues sur les paysages agricoles

La banalisation des paysages des zones d’activités et des périphéries

La formation d’un continuum urbanisé entre Longwy, Mont-Saint-Martin et les villes transfrontalières : consommation peu maîtrisée du fond de vallée, disparition des coupures d’urbanisation